27 juillet 2015

Brut de collage #2

À la manière de Linder ou Dorothy Peach.

Brut de collage #1

La tour Biret


À deux pas de la maison des Pervenches, se trouve aujourd'hui un pauvre restaurant, de ceux pour lesquels il faudrait nous payer (et fort cher) pour y rentrer.
Plat du jour neuf euros cinquante, menu onze : tout est dit ! 
Nous sommes à Fontenay-aux-Roses, là où "je calme mes nerfs" (J-K Huysmans) depuis le dix du mois de juillet. Ce restaurant LE BIRET attire immédiatement l'attention. C'est une grande tour, presque une cheminée surplombée d'un belvédère. À première vue elle fait penser à un Château d'Eau doté plate forme octogonale crénelée. 
D'un naturel curieux et passionné par l'histoire des lieux, je tape sur Internet "TOUR BIRET". De jolies cartes postales 1900 jaillissent sur mon écran et je découvre une tour superbe, de nombreux promeneurs autour. Mais que c'est il passé bon sens pour qu'un lieu magnifique se transforme un restau-route désert. 
Mon entretien avec David Descatoire (directeur des archives de Fontenay) à été déterminante. De lui je tiens désormais que cette tour a été construite pour l'exposition universelle de 1900, qu'un certain Monsieur Biret s'en est alors entiché. Il la fit démonter, transporter depuis Paris pour la transformer en guinguette. Hélas au fil du temps ce lieu bien fréquenté est tombé en rade. Tout de bois construitent la guinguette et la tour se sont vite décaties, seul le bâti sans âme est resté. 
Les cartes postales de la Belle Époque sont de véritables publicités ; on vante le panorama extraordinaire et la montée au sommet de la tour qui offre(irait) un panorama exceptionnel sur Paris d'un côté et la mer de l'autre ! 

Ah ! Fontenay et ses mystères ! Je quitte avant Huysmans cette jolie commune, j'ignore quel souvenir il a gardé de son séjour au 3 rue des écoles, mais moi je sens déjà que j'en conserverai un souvenir heureux, paisible et ému, ce que je considère comme ma plus grande chance : je ne suis abîmée de rien : J'AI GARDÉ MA TOUTE MA MÉLANCOLIE !

NB : il est amusant cliquer sur l'image pour lire le texte très vendeur !

24 juillet 2015

1881 vs 2015

15 juillet 1881 contre 10 juillet 2015.
Joris-Karl Huysmans contre Emmanuelle Reineri-Boulay. 
HUYSMANS ! BON SANG HUYMANS ! L'homme qui a tout changé (bon y avait eu Sartre, Camus et Freud un peu avant !) de mon rapport à la littérature (et c'est d'Ormesson qui est à La Pléiade hein ?) et à la peinture. 
L'homme rejeté de tous, naturalistes avec Zola en tête (qu'il se les garde ses soirées de Médan, j'ai pas dis mes deux !). LE Michel Houellebecq d'hier (comparaison rieuse), celui qui a cherché dans la religion une solution à ses compulsions érotiques, près un génie : UN MALADE MENTAL !

134 ans me séparaient de l'écrivain qui s'isolait donc en 1881 à Fontenay-aux-Roses afin de soigner ses nerfs (expression si désuète, une jolie litote). 
J'ai refais aujourd'hui le parcours, et pris connaissance des lieux qui ont marqués l'auteur ici à Fontenay et qui l'on grandement influencé lors de la création de son Chef d'œuvre À rebours. J'ai longuement discuté avec l'archiviste de la ville avec qui j'ai réellement pu échanger, il en savait long sur le sujet, un vrai passionné et nous avons partagé un bon moment, ensemble à se revivre le passé. Près de son bureau demeurait même une tomette (!) de la maison provinciale où vivait Huysmans, excavée en 1955 lors de la construction de l'immeuble minable qui se situe aujourd'hui là où séjourna Huysmans. Ces tomettes ! À plusieurs reprises évoquées dans À rebours, carrées ou rondes selon les pièces de la propriété de Jean des Esseintes. 
Internet, mais surtout l'article fascinant de Germaine Mailhé, publié dans le Bulletin de la société Huysmans en 1965, m'ont permis de conclure à regret (et non à rebours !) que la demeure de des Esseintes n'est que pure fiction ! D'après Germaine Mailhé c'est surtout le 3 de la rue Jean Jaurès (rue des écoles en 1881), lieu de résidence de l'auteur qui servi de patron au roman. Le parc notamment, devenu presque forêt vierge comme dans le texte, les ferronneries et surtout la perspective, le panorama au delà des cimes. Seuls les détails topographiques viennent brouiller les pistes : des Esseintes habite le coteau et non le village (peuplé alors de deux mille personnes). Une métaphore géographique sublime pour qualifier l'homme qui se place au dessus de l'humanité et entend vivre dans l'isolement total !
Huysmans quitte probablement Fontenay le 26 septembre 1881... Voilà une coïncidence qu'il ne me plairait guère de partager même si moi aussi je suis sur le coteau !

23 juillet 2015

La p'tite robe corail

Hier matin, à l'heure du petit déjeuner j'aperçois Marie-Françoise : "Coucou ! Bien dormi ?". Marie-Françoise est une mamie avec tout l'attirail de la mamie : la gueule, les fringues, TOUT.
Moi, je porte ma robe Monoprix 2014 ; suis le commentaire suivant : "ta robe ressemble à un bonbon." Moi, interloquée : "un bonbon ?", puis je pouffe affectueusement à son nez... Puis elle rajoute "mais oui, à un bonbon Ricola" comme une évidence ! Depuis je me figure des bonbons Ricola dans tous les sens, de toutes formes et couleurs mais je ne comprends toujours pas le rapport avec ma robe.
Ces petits échanges sont géniaux ; ils te rappellent, de un que tu es dans une clinique psychiatrique et que de deux toi, tu es carrément normal !

22 juillet 2015

Frapper fort #4

Le premier jour de l'an tout le monde se souhaite la Bonne Année et aussi vite la Bonne Santé.
Élémentaire mon cher Watson !
Sans la santé RIEN d'envisageable pas même, à l'extrême la possibilité de mettre un pied devant l'autre.
J'ai perdu la mienne -de santé, à peu de reprises en plus de trente années d'existence, mais cet été là, j'ai mis toutes les chances (malchances) de mon côté pour perdre pied aux deux sens du terme. J'ai alors réalisé que lorsque l'on ne tiens plus debout, que ses petites pattes lâchent on tombe fort et que ça fait mal, très mal. Je me suis sentie perdue chute apres chute dans le cabinet de toilette de l'hôpital et me suis fendue comme une pastèque bien mûre qui tombe. Quelques points de suture ont réglé l'affaire et les hématomes ont bien vite disparus.
J'ai partagé avec Julien une réflexion existentielle : tomber (et je rajoute si bas) ça laisse des traces ; ça fait un peu comme si on était tout en bas d'un graphique fait d'oscillations qu'il fallait espérer plutôt douces.
Une cicatrice a dit Julien fait prise de conscience. Lui même, il y a quelques années disons en 2007 a chancelé de tout son poids. Son corps était à bout. À bout de quoi peu importe, mais cela donne raison au proverbe chinois : on se relève toujours plus fort quoique légèrement balafré.
Depuis trois semaines maintenant je porte moi aussi une nouvelle cicatrice, toute proche d'ailleurs de celle de Julien, presque au même endroit. Je sais qu'elle est porteuse de sens et de changement. Elle me rappellera à jamais l'ambulance, l'hôpital puis le long passage à la clinique où je demeure encore.
Moi qui ne croit en rien je veux croire aux signes.
MERCI Julien. MERCIS, tant de MERCIS.

Lecture du mois de juillet

J'avais étudié un court extrait de ce livre en 5ème ou 4ème ; ça m'a beaucoup marqué. je l'ai retrouvé dans la bibliothèque de la villa de Fontenay-aux Roses. Un délice.
Un style admirable et une narration qui va de soit. Je ne lâche plus le livre depuis sa redécouverte. cela retrace les années Tati et décris une sorte de Tativille : l'usine, le prolétariat, le tout sûr fond de guerre d'Algérie. Compulsive notoire, je vais donc sérieusement me pencher sur le cas Claire Etcherelli. Il va falloir aussi que je visionne le film ou Marie-Josée Nat incarne la fameuse Elise... dur dur à trouver je suppose mais dans une médiathèque ici ou là je finirai bien par y parvenir.
Bonne lecture à vous aussi si vous me suivez !
J'enchaîne sur Aimez-vous Brahms, un tout autre style, mais bon, moi je lis du Sagan pour cette incroyable et fascinante Françoise Sagan.

20 juillet 2015

Air mail

J'aime écrire même pour rien ; c'est plaisant de voir se dérouler les lettres, s'imprimer l'encre. Ce que j'aime par dessus tout c'est que mon écriture s'enfonce fort dans le papier et laisse quand on caresse le texte comme un message codé en braille. Le mieux c'est lorsqu'on le fait sur la page à revers. Je raffole de cette sensation simple, pure et gratuite. Quand je passe ma main sur le verso je retire une grande satisfaction, une légère jouissance, une douceur inversement proportionnelle aux propos souvent sombres et rugueux que j'emploie.
À ce titre j'ai toujours adoré ce vieux papier-avion (qui ne doit plus guère exister depuis l'email), qui était si fin, presque transparent et sur lequel on ressentait davantage encore les tracés de la bille meurtrissant la feuille.
Mon blog est le prolongement de toute cela, mais le stylo et le Moleskine restent ; c'est souvent avec eux que je prépare mes brouillons, à l'ancienne.

16 juillet 2015

Maudit sois-tu carilloneur



Elle était originale cette demeure. Sise en la paisible commune de Fontenay-aux-roses elle avait appartenu jadis à un riche industriel ayant fait fortune malgré la crise dans la métallurgie. On devait se situer au milieu des années trente.
Il y avait cette toiture digne d'une chaumière de sorcier ; ses petits chiens assis, sa loggia triangulaire du deuxième. Le tout ressemblait à l’œuvre d'un architecte libre de toute créativité sans déroger aux goûts de l'époque.
Un damier de briques rouges et blanches décorait harmonieusement la façade du premier étage ; presque de plain pied se tenait la terrasse, vaste et carrelée de cassons noirs et terre de Sienne. Devant, s'étendait le parc agréablement végété d'if alignés, de cèdres et de chênes. Seule une vilaine plaque d'égout dénaturait les confins de ce parfait jardin. Une gloriette abandonnée rappelait celle des amoureux de Peynet, en plus sombre et envahie par les lianes. Six cheminées de briques travaillées élançait la bâtisse qui prenait ainsi des airs de petit château francilien.
L'intérieur non moins modeste avait conservé l'esprit "trente" avec sa rotonde, ses vitraux martelés sa fontaine à trois bassins et ses ferronneries Art Déco.
Il était facile d'imaginer dans cet environnement une vie heureuse et douce, une famille vivant heureusement et de nombreux enfants.
L'histoire de la maison de la rue des moulins restait opaque. Rien n'avait perlé, ni dans les livres, et rien n'était arrivé jusqu'à Internet. Dans les années 50 le logis s'était transformé en clinique psychiatrique voilà tout. Les "fous" avaient aussi droit à un peu de beauté (qu'ils ne considéraient pas toujours).
Je faisais partie des locataires. A l'inverse de beaucoup je frétillais à l'idée de laisser glisser ma main sur la rambarde en fer forgé de l'escalier Art Déco. L'eau ne coulait plus dans la petite fontaine en granito mais il était déjà réjouissant de la sentir ici.
Cet été là était très chaud. Les météorologues annonçaient la canicule et les thermomètres montaient dès la mi journée jusqu'à trente sept degrés Celsius. Un temps à rendre fou.
La pelouse avait déjà brulé depuis longtemps, les stores restaient baissés. Nous restions confinés dans cet espèce de familistère, libres et surveillés à la fois : un comprimé le matin, un autre le midi et les doses finales entre dix-sept heures et vingt et une heure le soir.
"Bonjour Irène". ; "bonjour, tu vas bien ? bien dormi ? allez, bon appétit !".
Il y avait aussi les choses moins plaisantes comme "Monsieur chambre deux cent deux", vieillard famélique planté vingt quatre heures sur vingt quatre devant le poste de soins sans en attendre rien, la couche pleine.
Il y avait Bruno et son physique "Denis Lavant", c'était lui le matin qui lapait son café tandis que tous nous baissions les yeux. Il fumait la pipe ; moment de répit. La bouche pleine les paroles inaudibles et dégueulées n' en sortaient plus. Pauvre diable.
Tous semblaient à l'abri d'un coup de folie. Les médecins veillaient dur. Le jour du quatorze juillet nous avons tous bénéficié d'un spectacle sublime. Nous sommes tous redevenus (ou restés) des enfants devant ces feux follets.
Martha, sourde et muette applaudissait, émerveillée ; Bruno dansait en volutes barbare et moi je pensais à mon fils mort deux ans plus tôt.  Est-ce qu'il les voyait lui aussi les lumières ? Ce soir là je l'ai cru et j'ai pleuré.
Le temps passait et j'oubliais son petit visage. Celui figé sur les photographies n'inspirait pas la vie et sa voix ne disait plus "Maman ? j'ai un secret à te dire, mais à l'oreille". Il fallait renoncer aux pourquoi et à chercher des explications. Cold facts comme disent les anglais. On devait s'y tenir.
La fenêtre de ma chambre donnait sur le parc. C'est là que les familles se rencontraient. Souvent des petits enfants venaient saluer leurs aïeux dans un regain de devoir moral les parents les y emmenaient. Un petit garçon était venu avec sa trottinette ils roulait gaiement dans les allées. "Maman ? Maman?" qu'il disait je m'en souviens et à chaque fois je me levais d'un bon de mon lit persuadée qu'il s'agissait du mien, de mon petit. Je collais l’œil à la vitre et passait mon oreille au travers de la minuscule embrasure. Dix centimètres : impossible de se défenestrer.
Le quinze au matin rien n'avait changé du climat. À huit heures trente nous avons pris notre petit déjeuner en salle commune comme à l'habitude. "Tout le monde a été servi ?" qu'elle demandait l'aide soignante. Oui.
Pourtant il était manifeste que deux personnes manquaient à l'appel : Irène, soixante quinze ans, mémée type tout à l'ancienne et Sébastien, trentenaire à l’œil hagard dont la manie était se s'habiller alternativement en costume ou en tenue de sport tout au long de la journée. Après un long quart d'heure Annabella qui gérait la salle à manger faisait le constat des absents. Toute la clinique, employés comme malades se mirent en quête des deux déserteurs. Chambres vides. Parc désert.
Puis à dix-huit heures le gros Lulu remarqua que la plaque d'égout avait été manipulée, qu'elle n'était plus tout à fait à sa place.
Un appel général fut lancé, le gros Lulu muni d'une lourde gaffe réussi à relever le cercle de fonte sécurisant le regard du conduit. À la stupéfaction de tous le corps nu d'Irène avait été jeté comme un sac au fond du puit. Sa peau tuméfiée se mêlait de terre crasse. Plusieurs patients s'effondrairent plein de miséricorde. D'autres ballottait leurs mains en signe de croix et moi lâchement je quittais la scène dans l'unique soucis de protéger mon cerveau déjà entamé.
La police et les pompiers débarquèrent dans de brefs délais et mirent en place les "protocoles" ; leur routine à eux.
Ce n'est que bien plus tard encore de Sébastien fut découvert pendu sous la gloriette. Il portait son beau costume noir et les souliers vernis qui claquait le travertin. Un jour de permission il lui avait été facile de trouver la corde puis de la cacher aux infirmiers.
Sébastien et ses allures de grand gosse. Son geste n'était pas honorable mais il avait sans doute jugé qu'en massacrant la vieille il réunissait un coup, qu'il deviendrait Lui, existerait enfin quitte à être assassin. Il tenait la clé enfin, celle qui le libérait de cette clinique carcérale. On ne lui donnait pas le droit d'en sortir alors il se révoltait de tout faisait glisser la corde, vérifiait le noeud. L'échalas valsait encore quand on le trouva. Ses va et vient faisant tinter la clochette d'une gloriette qui bientôt allait être détruite.

15 juillet 2015

Raiponce à Andersen


Andersen est sympa avec ses nymphettes blondes aux cheveux impeccables mais même entre les mains d'une coiffeuse Carita les femmes ont franchement du mal à trouver leur "prince charmant".
Suffit de se connecter sur la toile pour voir à quel point elles et Eux, les hommes se donnent du mal pour se rencontrer, convoler, se renifler, se fusionner.
ADOPTE UN MEC point com.
Diable de sort !

14 juillet 2015

Rien ne bouge


Marco regardait le visage de Lucille. Elle et lui des illégitimes ces gens qui s'embrassent sur les bancs dans les parcs, dans la rue sur les trottoirs ; ces couples qui ont la cinquantaine, l'âge où on ne s'empoigne plus à pleine bouche aux yeux de tous.
Illégaux. Amants. Adultères.
Derrière ces mots assez passables il y avait néanmoins des sentiments, peut-être même de l'amour.

Marco était de ces hommes forts et puissants, intrigant fonctionnaire. Haut fonctionnaire. De ceux la même qu'on nomme les huiles.
Naturellement impeccable sous tout rapport, somptuaire et moral ; facile en discution.
Fabriqué à l'école des fonctionnaires, n'en reniant rien ; faisant juste quelques critiques utiles, disons celles convenues par tous. Utiles pour se rendre sociable. Marco travaillait pour le ministère de l'Éducation Nationale, une place dans un beau cabinet. Bon élève il était monté comme on dit banalement dans l'ascenseur social et ne c'était pas trompé d'étage. Il en vénérait de fait le système et s'adonnait tout entier à son métier.

Catherine.
Catherine était son épouse au sens officiel de la chose car une épouse doit devenir une mère ; suffisait d'en référer au livret de famille. Catherine servait elle aussi mais à un échelon bien inférieur l'Education Nationale. Elle occupait un poste dans un lycée professionnel. Elle enseignait les lettres et l'histoire-géographie. Marco et elle partageait la même passion surtout pour la géo.
Catherine était génétiquement privée de l'aisance de son mari : Marco parlait, Catherine répétait, approuvait avec certitude.
La vie allait ainsi.

L'un et l'autre étaient littéralement dénués de sex appeal. Lui, grand mais dégarni, laissant filtrer son stress à coup de petites plaintes stridentes à peine retenues. Et puis il y avait cet index qu'il triturait par alternance entre ses incisives.
Elle portait des tenues sportswear de bon rapport qualité-prix - certaines marques ont fait beaucoup de mal au corps professoral. Sa peau de blonde manquait cruellement d'hydratation autant que sa teinture blond clair uniforme manquait de retouches aux racines. Et fallait- il parler des dents ?

De l'argent il y en avait. Bien assez en tout cas pour les voyages au bout du monde de Bali à Vancouver. Leur demeure, une maison de maître cossue qui se situait dans le Nord de la France.
La vie allait ainsi.
Et pourtant elle n'allait pas. La preuve en était Lucille, cette inspectrice académique un peu vieille fille qui avait su détourner Marco du regard de Catherine et l'attraper malgré ses airs de godiche par le sexe.
Lucille s'était la vie en cachette, les promenades à Paris, le pont des Arts et toutes ces cochonneries dans les hôtels juste convenables du quartier latin.
Marco s'envoyait en l'air ; Lucille s'envoyait en l'air et tous les deux s'envoyaient bien loin d'un quotidien très quotidien. Le plaisir, la liberté (fausse) gouvernait cette idylle. Est-ce que c'était plus ou moins que cela ?
Ils découvraient ensemble la capitale, les déjeuners au Procope, le passage de la rue Dauphiné et tout ce que Paris réserve aux amoureux. Catherine, le Nord c'étaient loin.

Aux yeux de Marco tout était logique. Il s'octroyait dans le plaisir sa petite vengeance. Après tout la déliquescente Catherine ne lui avait pas donné ses petits  ; à l'occidentale il la repudiait.

La géographie avait ses limites : croquis, couleurs, flèches, composition coeff trois et puis quoi encore ? Le dernier modèle de Saskia sur les villes globales ? La géographie ça donne faim. On s'ennuie tellement. Marco lui il voulait tout engloutir : de la bouche de Lucille à son derrière plutôt bien fait, il en bavait pour venir à bout de cette péppée enfoulardée.

Et elle Lucille ?
Comment pouvait on tomber sous le charme de cet homme, Marco, sinon parce qu'il incarnait la puissance ? Elle mangeait le pain noir, qui n'était d'ailleurs pas dégoûtant.
Tout le monde utilisait tout le monde -ou presque.
Marco utilisait Lucille qui lui asticotait bien les parties fines. Elle en tirerait bien bénéfice quand son N+1 giclerait.
Catherine semblait en reste mais c'était au fond elle qui cachait le mieux son jeu. Passive elle n'en restait pas moins voyeuse. Dans sa salle de classe ultra testéronée elle se réjouissait de tous ces pénis dirigés involontairement vers elle. Ils avaient de beaux sexes, jeunes, fermes, bien faits. Elle aimait le grand Kurde, ses yeux vert d'eau et ses rêves de football. Certains s'éternisaient un peu pernicieusement à son bureau après la sonnerie. Elle les aimaient ses petits tout en sachant que ces nuées masculines autour d'elle ne cherchaient qu'un mot doux sur un bulletin.

Tous trois avaient leurs plaisirs et leurs vices ; et cela ne changeait rien à rien. Tout le monde savait tout et rien n'était troublé pour autant. Ceux qui avaient croisé Marco et Lucille main dans la main avaient gardé le silence. Chacun avait son point de vue du plus au moins tolérant mais le plus important c'est que rien ne changeait rien. Marco est resté avec Catherine. Marco fréquente peut-être encore Lucille, en tout cas elle a été promue.

23 juin 2015

Fin d'année scolaire

Voilà longtemps que je n'avais pas ressenti ce spleen.
Et puis ce matin je me sens toute vide et triste. Je pense à Brune qui termine sa première année d'école maternelle. Dans quelques semaines elle pourra dire "j'ai quatre ans !".
L'enfance qui avance et puis qui part me rend mélancolique. Dans quelques semaines je ne pourrai plus la prendre dans mes bras. C'est si bon pourtant de la sentir, sa petite peau ferme et douce ; inspirer son souffle jamais corrompu. Le temps file à toute vitesse et vais regretter tant de moments. Peut-être même qu'un jour, trop vieille je les oublierai.
Elle est si jolie pourquoi faut-il qu'elle se transforme ?
Les souvenirs sont sublimes. Ils me procurent de la joie, mais sont emplis de tristesse car finis. Les moments de bonheurs sont rares et en plus évanescents.
Je veux jusqu'au bout la serrer contre mon coeur.

Brune avant ses 2 ans.

25 mars 2015

Cadavres pas exquis


Il y a des photos chic et des photos choc.
Il y a cent ans, l'Empire ottoman décidait l'élimination de sa population arménienne. Un massacre planifié et systématique oublié jusqu'au milieu des années 80 et toujours nié par l'Etat turc... 
L'horreur et l'injustice semble encore plus grande lorsqu'elle touche aux enfants, mais tous étaient innocents. C'était en 1915... ce que l'histoire peut se répéter, hélas. 

10 février 2015

7 jours du départ


De quoi faire passer une escale et un long, long courrier jusqu'à la cité des anges.

08 février 2015

Le changement c'est maintenant !

Seule petite vignette souvenir de mon ancien modèle de blog qui trainait encore sur Google il y a quelques heures. Un gros dépoussiérage s'imposait. On reste dans le style Art Déco... changeons tout de même en douceur. 

04 février 2015

... Et puis replonger aussitôt

David Hockney 1972
Affiche pour les jeux olympiques de Munich.
Après entretien (positif) et confirmation que j'étais prise à coup de "nous sommes heureuses de vous confirmer que nous vous acceptons dans le service pour travailler avec nous sur de nouveaux projets de développement des publics" : pschitt !
Suit dix jours plus tard un mail qui commence par "Malheureusement, ...".
Je reste étonnée du sens de la manoeuvre : valider un entretien puis vérifier la capacité d'embauche qui s'avère nulle. 

01 février 2015

Renaissance Nouvelle

Merci Annie, merci Joan, qui un jour a envoyé cet article à Olivier...
Peinture de Jean-george Cornelius, la femme nuage. 

29 janvier 2015

Rebelle

Elle est rousse.
Elle a des cheveux frisés.
Elle ne cherche pas de prince charmant et ne le trouve pas.
Son cheval a des pattes aussi grosses qu'un tronc d'arbre poilu.
Elle est pense, elle est rebelle.
Pour une fois voici une princesse qui rend honneur à notre sexe !
Vive Mérida, l'anti modèle-princesse.

15 décembre 2014

Les belles Nanas de Niki

Une exposition incontournable !
Tellement graphique, tellement coloré, tellement grandes les "nanas". Tout est réussi dans cette rétrospective, la scénographie, les docs vidéos... tout !

11 août 2014

Vacances

Trêve annuelle, vacances dans le Var, illustrées par une des belles affiches de Monsieur Z. 

31 juillet 2014

2005-2014

Longue Vie au Blog de La Grande Fille !

12 juin 2014

Poésie


Ecoutez d'où ma peine

Écoutez d'où ma peine vient,
Elles disent toutes que j'ai l'air fin,
Que j'ai le museau finaud malin,
Mais de la vie, de la vie je ne sais rien.

Est-ce que c'est le TGV, si vite arrivé,
Ou la paresse de l'Express, du temps passé.
Est-ce que c'est 87, les chaussons dans la cuisine,
Ou le pauvre petit 27, de Janis Joplin ?

Est-ce que c'est long, ou court, la vie ?
Est-ce que c'est con ou lourd ?

Écoutez d'où ma peine vient,
Elles disent toutes que j'ai l'air fin,
Que j'ai le museau finaud malin,
Mais de l'amour, de l'amour je ne sais rien.

Est-ce que c'est la longue distance, 
Et les caresses au long cours.
Ou est-ce qu'on est pour le parcours court.

Est-ce que c'est les cloches qui sonnent, 
Les chapeaux King Size.
Ou les petites Paris Hilton à la tequila sunrise.

Est-ce que c'est long ou court, l'amour ?
Est-ce que c'est con et lourd ?

Ecoutez d'où ma peine vient ...
Les ours blancs nous regardent avec des yeux drôles
Est-ce qu'une Hard rain is gone fall
Est-ce que c'est long, court

Con, lourd ?

Alain Souchon.
Illustration Bernard Buffet, Femme au verre de vin, 1955. 

31 mai 2014

Boulbil memories

On ne se refait pas... Je n'ai pas choisi de faire de l'histoire par hasard ; je reste profondément passionnée par les temps passés. Je donnerai tout et même plus pour faire un voyage en arrière, regarder mes ancêtres au sens large, regarder vivre mon quartier...
Ce matin j'ai passé un certain temps sur ce fil qui compare quartier par quartier le Boulogne d'hier et d'aujourd'hui. Absolument fascinant d'imaginer la vie avant... En face de mon appartement, ce n'était pas la BNP, mais la Maison Aldebert, boucherie. A quelques années près j'aurai vu des boeufs de ma fenêtre, plus rigolo que ce scooter mal garé et cette Smart en double file !
Bon voyage sur http://boulbil.tumblr.com/

17 avril 2014

Animaux hybrides

Ma curiosité naturelle ne m'avait jamais amenée sur le terrain des animaux hybrides... J'en suis étonnée moi qui suis par ailleurs fascinée  à chacune de mes visites à la galerie de l'évolution, lorsque je passe dans le nocturne espace dédié aux "espèces disparues".
Autre curiosité dont j'avais envie de parler après avoir lu un message de Jérémy J, parlant de "tigronne" à l'évocation de son chat. De là commence une investigation sur le Internet. Je découvre des mélanges incroyables comme ici Johnny, un léopon. Mais j'apprends aussi qu'un zèbre et un cheval donnent un zébrule, que le Jaglion existe, tout comme le Ligre... Bref, un monde s'ouvre à moi !

13 mars 2014

Coup de ♥ est un euphémisme

Only Lovers Left Alive
un film de Jim Jarmush

Mots clés : vampire/zombie - savants - esthètes - littérature & science - solitude - spleen & idéal - 21ème siècle -  Amour comme antidote au désenchantement - vie plutôt que suicide - Rock'n roll - esprit chevaleresque. 

12 février 2014

Silence, ça tourne !

La roue de la fortune 1875-83
E. Burne-Jones
Musée d'Orsay - Paris

11 février 2014

::..//Naked Naked//..::

Marseille.
Janvier 2014.
C'est au J1. Une exposition remarquable sur Le Corbusier et le brutalisme.
Il y a cette photographie du maître dans le Cabanon de Roquebrune.
Puissante.
Comme ce corps, puissant au point de résister aux hélices. Vaincre le moteur, vaincue la mer.
Quand la main glisse sur la chair cabossée, elle appréhende des ruptures et des montagnes ; un corps abîmé, rugueux, mais communicant et beau.

Le Corbusier me laisse sans voix. Son Oeuvre (l'idée n'est pas d'aimer ou non), me sidère par son envergure, sa volonté de totalité.
Je regrette tant d'époques... mais c'est relatif bien entendu, plus que jamais pour cette époque ci.

09 janvier 2014

Jacinthes

En janvier, la jacinthe remplace le coquillage sur son piédestal... mais la vie du cabinet de curiosité se poursuit.

07 janvier 2014

Swatch "Années Folles"


Une collection qui a déjà fait chauffer ma carte bleue... Légèrement prévisible ! J'ai choisi une petite montre-bracelet écaille ; hummm ! un bijou Art Déco tchiiip mais qui fait de mal à personne n'est-ce pas ?
De 45 à 100€ (les skin) pour se la jouer Daisy ou Gatsby selon le genre. 

03 janvier 2014

Inukshuk (work in progress)


Photographie Nathalie Gouet
d'après Muriel Poteries.

Le « scandale » avait fini d’achever sa réputation d’homme étrange. Amaruq était beau, devait avoir dans les trente ans, était silencieux, calme. Anoki, sa femme goûtait cycliquement les senteurs des autres, butinant les nouveaux corps quand changent les  saisons. Dans la tribu, il était difficile de l’ignorer. La dernière orgie avait cependant plus profondément impressionné le derme et Anoki avait fugué suivant l’ogre, laissant Amaruq comme un veuf. Veuf dont tous avaient pitié.
Hiver dans le grand nord américain. Froid et glace ; et rien. L’ennui. En quarantaine des autres un peu de son fait, beaucoup par leur pudeur, Amaruq resta d’abord longtemps cloîtré chez lui, perdu en sa propre demeure. Rester sur place. Mon fantôme flottant se reconnectera avec moi-même. En vérité, le calvaire psychique subit par le cerveau ne cessa point et Amaruq lorsque les jours commencèrent petit à petit à rallonger finit par sortir par la grande porte sa canne à pêche, son seau et sa longue perceuse à la main. Les villageois étaient rassurés à l’idée de le voir reprendre une vie, aussi dénue de lien social fut-elle. Amaruq souriait intérieurement. L’attirail fonctionnait bien. Il ne pêcherait aucun poisson. Il aimait simplement marcher sur la banquise, partir loin, loin, au delà des inukshuks*, là où il n’y a plus rien, que le blanc et le silence. Alors, au confins du monde, il y a une place qu’Amaruq a faite sienne. Il y pose son seau qu’il retourne en guise de tabouret, perce la glace pour atteindre l’océan glacial et à travers la lucarne regarde…  
L’autre côté du miroir. Les poissons passent à toute vitesse dans le noir, brillants en robe gorge de pigeon. Certains montaient plus en haut pour saluer le monde d’un gros œil visqueux. Et puis il y avait celui-là qui revenait toutes les fois, plus argenté et dont les écailles s’ajustaient en nuances pour dessiner une tête de mort. Il ondoyait selon une danse macabre et Amaruq pris de mélancolie reconnaissait à travers lui Anoki, allongée dans les flots ou le dos cambré dans le remous. C'était étrange comme toutes les fois ils venaient se saluer l'un et l'autre, le poisson et l'homme ; l'homme et la femme ? 
Le grand blanc. Passés les premiers jours, cela faisait maintenant des mois qu'Amaruq revenait les mains vides. Pourquoi ce vide ? Sur un simple soupçon, un matin, trois gaillards filèrent Amaruq comme l'auraient fait des gars de la police. Ils furent surpris de voir combien le veuf repoussait les limites de la marche et qu'il sortait même du territoire administratif légal. Deux heures plus tard, ils le virent se pencher et regarder. Il donnait l'impression de chercher quelque chose sous la glace, mais à cette distance il fallait surtout reconnaitre qu'on n'interprétait pas grand chose à la scène. Puis Amaruq se releva et repris la route jusqu'à croiser un inukshuk étrange que les trois garçons n'avaient jamais vu. Là, il avait manifestement atteint son but. Il posa sa cane à pêche, la perceuse et le seau, puis se prosterna face au géant. Pour les espions, qui avaient le souffle coupé sans avoir compris grand chose, il était temps de rentrer.






*Empilement de pierres géométriques qui forment un géant et qui a pour but d'indiquer le chemin dans la banquise. 

11 décembre 2013

Le livre dont Brune est l'héroïne

En route pour la tour Eiffel (chez Hélium), 
une bien jolie histoire écrite et illustrée avec goût par Iris de Moüy.
LGF plébiscite le graphisme à la "Mimi Cracra"
et ne peut qu'approuver le choix novateur du prénom
de la petite protagoniste principale ;) 
À mettre entre toutes les petites mains !
Dès 3 ans.

10 décembre 2013

09 décembre 2013

MOMA

Un petit bout de temps que je voulais parler des deux cheeseburgers (two cheeseburgers with everything, 1962) de Claes Oldenburg. Lors de notre virée d'une semaine à New York, le MOMA réservait un espace temporaire au fameux artiste Pop Art, un vrai délice. 
Mon seul regret, ne pas avoir pu emporter un bout de junk food ! Plus étonnant encore la boutique du musée n'en propose même pas de mini réplique ; dommage car ces sandwiches sont vraiment hyper graphiques et rigolos. 

05 décembre 2013

Réflexion faite...




Pourquoi les héros de dessins animés sont-ils des ânes ?




Oxymore ?
Paradoxe ?
Antithèse ?
Éclairez-moi !



Ariol,  l'ânon impertinent de Marc Boutavant ♡ (papa de Mouk)et l'espiègle Troto ✌ de Bénédicte Guettier.



04 décembre 2013

Découverte

Un clic par hasard et j'achetais ce disque absolument envoutant. Gothico-folk-je ne sais pas trop quoi mais très beau. Une Murat féminine sur platine qui depuis réception tourne sans cesse. Joli, très joli. Doux (piano, violon), mystérieux et harmonique (orgues, cloches). Juste la puissance (guitares, cuivres et percussions) utile pour calibrer le tout... 

01 novembre 2013

Frappez fort #3


H. CRAIG HANNA
Femme couchée, Lavis, fusain, acrylique et Pastel Gras, 50x60 cm, 2011

Cela commençait calmement ; les choses se présentaient bien. Rares étaient les matins où déjà pointait le tumulte. En règle générale c'était la tombée du jour qui appelait la folie. Cela remontait à quelques mois, un année en somme. Un phénomène récent. La nuit ramenait les peurs à la surface. Jadis Kelly réussissait à les combattre ; aujourd'hui elle se hérissait, courbait le dos puis rentrait les griffes, pétrifiée par ses propres pensées négatives.
Marc, passé l'énervement, s'était arrondit et plié au nouveau style de vie de sa femme. Sans y avoir pris goût il avait appris à vivre au gré des paniques nocturnes kellysiennes. Il ignorait leurs raisons et ne les cherchait plus. Afin de se tenir à distance et mieux se protéger il préférait les déferlantes de mépris ou la condescendance hurlée. Plus jeune, il l'avait aimée pour son allant et sa force d'aller conquérir la vie. Et puis elle portait tellement le charme à fleur de peau.
Maintenant, il aimait son petit visage.

Passée la passion, il restait la tendresse. Le couple subissait les évolutions, il y avait tant d'autres sujets.
À tort ou à raison, l'un et l'autre étaient aspiré par "le job". C'était l'âge, l'âge de la défonce. Il fallait y aller et l'entailler le sol avec ses petites dents de chien. Les anciens avaient l'air de dire qu'on se rattrapait plus loin, de la vie, de la famille et de tout. Cependant le matin ce n'était plus eux qui claquaient la porte sur le visage du petit, littéralement inondé aux bras de la nourrice.
La machine était lancée, on devait éviter les questions.
"Autres voies possibles ?"
Rapide examen de conscience/artificiel réconfort.

Depuis le départ Kelly considérait la vie comme un canevas ; l'enjeu y était une parfaite maîtrise du tissage. Mais remplit au forceps selon des motifs d'une extrême exigence, la toile étouffait par les fils de tous ses orifices.
Marc avait classé ses rêves sans le moindre sacrifice tirant meilleur bénéfice d'une situation professionnelle ascensionnelle. Au fond il avait fait un choix et l'assumait parfaitement. Les dérangements d'une semaine dépassant largement les cinquante heures se noyaient comme passe la pilule.
Kelly n'allait jamais convaincue : au fond de l'escarpin se logeait toujours un minuscule silex piquant le cuir du pied, invisible minéral/cadence claudiquante.

Fin janvier, les tâches se densifiaient à la "boîte". Sur le secteur "Europe de l'Est" tout était à consolider. Les semaines à l'étranger s'annonçaient. Merchandise manager. C'était le boulot. Départ immédiat pour valise-avions-hôtels-humains.
Le vendredi les roulettes revenaient sur le parquet et maman sur les rotules. C'était dans ces circonstances qu'on devait pourtant profiter de tout : samedi/dimanche ; l'enfant et le mari. Vite quitter le premier costume et enfiler l'autre, 100% hypercontrôle. Tissu "tout sourire, trame humeur de rêve en couleur dynamisme"; qualité irréprochable qui "ne bouge pas au lavage".
Pas de latence. Les mailles s'enchaînaient complétant la grille, dessus, dessous, tirer le fil.
Le temps se divisait injustement : la portion congrue revenait aux êtres aimés et le week end finissait toujours plus entamé par l'impact dépressiogène des jours le précédant.

Ce que l'hiver pouvait être long. Long et froid. Froid et gris. Et triste.
Lorsqu'elle se retrouvait seule, entre deux espaces géographiques à marcher dans le décor urbain, elle ressentait une immense tristesse remonter du tréfonds. Parfois et sans nulle raison lui montait les larmes à fleur d'yeux. Autant que possible elle marchait pour sentir cette connexion à la terre. Ses semelles fines lui laissait passer de délicates sensations ; il y avait les grandes foulées dans l'herbe, les brindilles et les petits cailloux. C'était encore ce qui lui restait de vie et dans ces ballades où elle oubliait les bagages qu'elle tirait mécaniquement, son esprit repassait sempiternellement le fil de sa pauvre existence. Bien sûr elle réalisait combien il semblerait aux autres que ses plaintes puissent être illégitimes, voire celles d'une grande enfant gâtée. On lui avait déjà sorti le "coup de la cage dorée" dont elle seule avait la clé... Comme les Autres manquent d'empathie pensa t-elle bien fort.
Arrivée à la Gare un peu en retard sur l'heure de départ, Kelly pressa son pas. Écran de signalisation/quai/fracas/coup de sifflet. PLEURS.
Kelly pour la première fois de sa vie venait de râter son train et le monde basculait Dieu sait où. Trente minutes incontrôlables. Puis de longues autres légèrement mieux maîtrisées. Les appels d'urgence, puis le retour à la maison.

Incapable ?
L'appartement était vide. Jour de crèche pour le bébé.
Les amis avaient franchement mal diagnostiqué le problème qui n'était pas une cage mais un vase. Un vase dont cette histoire de train était l'ultime goutte qui le fait déborder. C'était quand même "incroyable d'échouer à ce point" : d'être mauvaise épouse, mère (la question commençait à se poser), inapte en logistique des transports bref, nulle à tout.

Le dragon des pensées noires vint la chasser de jour et l'absence de Marc la laissa seule sans son Siegfried. Rongée par l'angoisse et ses propres peurs elle se lança dans une macabre danse, allait et venait d'une pièce à l'autre chercher tissu, papier, crayon ou comprimés. Elle préparait sa mort et la mise en scène du corps. Organisée quoiqu'elle dise, elle pensait sur un carnet à toutes les tâches et les numérotait dans l'ordre pour ne rien oublier et éviter les désagréments sordides. "Se coiffer+ se maquiller un peu"/"Préparer linges en cas de sang". Mais de sang il n'y en aurait pas. La mort se ferait par absorption d'une dose déraisonnable d'aspirine. Elle mit de l'ordre dans ses papiers et dans sa penderie éliminant les tenues déjà mortes, puis se dirigea vers la salle de bain. À grand bruit elle remplit la baignoire, ni trop peu, ni au point de s'y baigner tout entière, puis, elle pris un papier et un crayon et inscrit : "Fais attention avec le Petit je suis MORTE". Elle plia en deux le papier, le scotcha sur la porte d'entrée et procéda. Capable.

26 octobre 2013

Lecter me délecte

Pluie de compliments sur la série Hannibal.
Pas habituée au genre, je tourne cependant le bouton de la télé et me cale devant. C'est du bon on a bien fait de le lire ici, là et partout. Moi j'ai déjà craqué à peu près 46 000 fois pour Mads, ce sera donc la 46 001ème... mais j'avoue qu'avec sa petite combi-vinyle qui-te-salope-pas-l'costar, sa vision me fait littéralement fondre et plisser de rire.
vivement la saison 2 sur Canal + Séries.

25 septembre 2013

En septembre...

Fleur de Lis - Robert Lewis Reid (1862–1929)
MOMA, New-York, 1895–1900 - Huile sur toile.
J'ai vu les flammes de l'enfer me caresser le dos. 
Parfois j'ai l'impression que je nais.
J'ai tellement peur que je n'ose le penser ni presque le dire. 
Tout est si précaire et ténu
Ici bas.  

10 juillet 2013

La fabrique à gynécée

Filles à la vanille qu'ils disent...
Avoir une fille oblige parfois à un léger retour sur soi !
C'est en glanant et mettant en place l'attirail à jouer de B. qu'un matin effarée je réalise que je lui bricole, tel le petit oiseau brindille après brindille un véritable gynécée. B. vit dans un petit monde clos ultra féminin où l'homme est secrètement tenu à distance :
Une dizaine de Barbie, pas un Ken ;
Une crèche d'anges-filles et de fillettes ;
Des affiches, huiles du même genre...

Quelle étonnante peinture sucrée suis-je entrain de réaliser ? 
- LACAN,  à moi !